tâches domestiques

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Dans un essai très drôle, Titiou Lecoq dénonce la répartition inégale des tâches ménagères et parle de Maydée !

2017-12-12T17:58:36+00:00 12-12-2017|Catégories : Actu|Mots-clés : , |

La journaliste et autrice Titiou Lecoq s’est attaquée à la question de la répartition des tâches à la maison, dans un essai drôle mais juste. Le pitch ? Après avoir lu ce livre, vous ne ramasserez plus une chaussette qui traîne par terre. Mieux, vous le vivrez bien.

Pour l’écriture de ce livre, elle a rencontré Julie, co-fondatrice de Maydée, qui lui a raconté comment lui est venue l’idée du projet. Extrait :

couverture livre Libérées de Titiou LEcoq

Le premier pas nécessaire, c’est donc la prise de conscience individuelle. On peut sentir, devant une chaussette qui traîne, un immense ras-le-bol, voire une rage. Mais, la plupart du temps, le ménage est invisible. Totalement invisible aux yeux de celui qui ne le prend pas en charge. Ce sont des minutes grattées ici ou là, des gestes qu’on fait en pensant à autre chose et dont on sous-évalue en général l’aspect chronophage. Pour mesurer l’ampleur du déséquilibre au sein du couple, il faudrait que chacun note ce qu’il fait pendant au moins deux semaines. J’ai rencontré une femme qui travaille précisément sur cette idée. Après la naissance de son premier enfant, Julie Hebting a eu l’intuition qu’elle se faisait complètement arnaquer, même si conjoint partageait ses convictions féministes.

Elle a cherché comment mesurer le temps qu’elle consacrait aux tâches ménagères. Elle a trouvé des applis dont se servent les free-lances pour quantifier leurs tâches et pouvoir les facturer à leurs clients. Elle les a détournées et a eu la confirmations : tout féministe qu’il était, son conjoint ne faisait pas la moitié du boulot. Elle a alors décidé de créer une application partagée, Maydée, qui permet aux couples de voir très clairement leur répartition propre….

Extrait de Libérées ! de Titiou Lecoq, éditions Fayard (2017), p.28-29.

29 juillet 10h13

2017-11-29T10:33:36+00:00 28-11-2017|Catégories : Actu|Mots-clés : , |

Depuis le 3 novembre à 11h44 précisément, les femmes travaillent bénévolement. En effet, d’après l’asso Les Glorieuses, avec un écart salarial de 15,8% tous secteurs confondus, les femmes travaillent « gratuitement » pendant 39,7 jours ouvrés (pour mieux comprendre, relisez ici l’article des Glorieuses).

Parce qu’on aime les problèmes de maths, et que nous savons qu’inégalités professionnelles et inégalités domestiques sont intimement liées, on s’est demandé, à la manière des Glorieuses, à partir de quel jour les femmes devraient arrêter d’effectuer les tâches domestiques pour être à 50/50 avec les hommes.

Résultat : au bout de 209, 437 jours les femmes ont déjà consacré autant de temps aux tâches domestiques que les hommes en 1 année, c’est-à-dire le …. 29 juillet à 10h13 !

Pourquoi se poser cette question ?

Quand on a vu la très chouette campagne des Glorieuses, deux choses nous ont mis la puce à l’oreille :

1.Tout d’abord, et les Glorieuses le soulignent très bien, l’inégale répartition des tâches domestiques est un facteur majeur des inégalités professionnelles, et donc des inégalités salariales.

“Les perspectives de carrière et la possibilité d’obtenir un salaire plus élevé pour les femmes sont entravées par le fait qu’elles connaissent davantage d’interruptions au cours de leur carrière que les hommes. Ces différences sont essentiellement liées à la place qu’elles occupent dans la sphère privée (éducation des enfants, prise en charge des parents, tâches ménagères et charge mentale – ensemble des préoccupations à propos des tâches domestiques ou éducatives – afférente).”

Plusieurs études le montrent : on sait par exemple que les femmes renoncent davantage que les hommes à leurs ambitions professionnelles pour leur vie de famille (18% des femmes contre 6% des hommes).

2.Les tâches domestiques, effectuées à 72% par les femmes, c’est déjà du travail bénévole. Un travail, sans rémunération, qui est encore trop souvent l’apanage des femmes.

Les femmes ne seront pas rémunérées à leur juste valeur dans le cadre professionnel tant qu’il sera considéré que le travail domestique est d’abord leur affaire.

Comment on a fait ?

Pour savoir à partir de quelle date les femmes ont effectué autant de tâches domestiques que les hommes en un an, on est parti du constat suivant : les hommes consacrent en moyenne 105 minutes par jour aux tâches domestiques, et les femmes 183 minutes

(183-105) / 183 = 42,62 %

Les hommes accordent donc 42,62% de moins que les femmes aux tâches domestiques.

Sur 1 année (365 jours), ça correspond à 155,57 jours que les hommes consacrent en moins aux tâches domestiques.

365 – 115,57 = 209,43

Au bout de 209,43 jours, les femmes ont donc déjà effectué autant de tâches domestiques que les hommes en une année, c’est-à-dire le 29 juillet à 10h13.

CQFD.

La genèse

2017-12-14T16:40:32+00:00 20-06-2017|Catégories : Le projet|Mots-clés : , |

C’est d’abord une expérience personnelle.

Je n’ai jamais ressenti d’inégalités entre les femmes et les hommes, ni dans mon travail, ni au sein de mon foyer. J’avais le sentiment que tous les combats avaient été menés, et que ces questions étaient dépassées. Pourtant, rétrospectivement, certaines expériences auraient dû me mettre la puce à l’oreille.

Je me rappelle, enfant, les vacances passées chez ma grand-mère avec mes cousins. Ma grand-mère venait systématiquement nous solliciter, ma sœur et moi, quand elle avait besoin d’aide, alors que mes cousins, du même âge, pouvaient continuer à jouer. A la même époque, à l’école primaire, je me rappelle de mes interrogations quand j’ai appris la règle du « masculin l’emporte sur le féminin ».

L’enfance se passe, arrivent les premiers entretiens d’embauche. Là aussi j’avais apparemment décidé de faire l’autruche. Certaines questions m’ont été adressées alors qu’elles n’auraient jamais été posées à un homme. A l’appui quelques exemples. « Comment, allez-vous gérer votre poste quand vous aurez des enfants ? Les horaires ne sont pas conciliables avec une vie de famille » « Quels sont vos projets de vie ? » Et je ne parle pas des remarques sexistes.

Je m’installe avec un homme charmant. On s’entend sur tout sauf sur les tâches domestiques. Je trouve qu’il exagère un peu quand il m’explique qu’il rencontre de vraies difficultés à faire le ménage. Il pense qu’on ne peut pas être doué dans tous les domaines. Pour appuyer ses arguments, il va même m’expliquer qu’il a le même rapport avec le ménage que moi avec les maths ! C’est pénible, ça sent la mauvaise foi, mais une fois de plus je ferme les yeux.

L’arrivée du premier enfant ! Le tsunami. Pas de solution de garde, ce qui entraîne des difficultés à trouver un poste. Le poids des tâches domestiques s’alourdit incroyablement.  Les études de l’INSEE concernant l’inégale répartition des tâches domestiques me reviennent en mémoire. Je me rappelle avoir lu ces chiffres il y a quelques années, à l’époque je me sentais très peu concernée. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. A y regarder de plus près, me voilà bien maintenant dans les stats puisque que je me retrouve à gérer 70% des tâches domestiques.

Quelques mois plus tard, j’ai enfin une place en crèche et un nouveau poste qui suit. Au début je me réjouis car je sors enfin de ce foyer où le travail est dur et mal reconnu (je repense à ma mère qui s’est arrêtée de travailler quelques années pour s’occuper de ma sœur et moi, il me semble ne l’avoir jamais remerciée). Ma joie s’estompe rapidement quand je me rends compte que concilier les deux est une mission d’acrobate.

Après une énième engueulade avec mon conjoint concernant la gestion du foyer, face à tant de mauvaise foi, j’ai décidé de comptabiliser tout le travail domestique que j’effectuais. Ce n’est pas tout de faire, il faut faire savoir. De là est née Maydée. N’ayant pas trouvé l’appli qui correspondait à mes besoins, j’ai décidé que je la développerai moi-même, soit une appli de quantification et de valorisation.

J’ai fait l’exercice, j’ai comptabilisé chaque tâche réalisée. C’est à ce moment que je me suis rendue compte des vertus de la comptabilisation. Cela permet certes de quantifier et de valoriser ce travail invisible. Mais cela permet surtout d’objectiver les pratiques au sein du foyer et de déconstruire certains stéréotypes de genre trop intériorisés. Cet exercice m’a permis de mieux comprendre mes pratiques, et de montrer à mon conjoint le temps que j’allouais à l’entretien de notre foyer. Nous avons été tous les deux surpris par le résultat. Cette démarche nous a permis d’entamer une discussion moins basée sur le ressenti. Mon conjoint n’avait pas conscience de tout le temps que je consacrais à cela. Trop souvent les hommes sont exclus des affaires domestiques depuis leur plus jeune âge, et ils ont aussi des stratégies d’évitement. Moi, je ne me rendais pas compte à quel point j’avais intégré que l’espace domestique était le « mien ».

Bref Maydée est pensé comme un outil d’empowerment pour quantifier, valoriser, comprendre et AGIR !